Nous sommes en l'an 2035. Les quelques milliers d'habitants qui restent sur notre planète sont contraints de vivre sous terre. La surface du globe est devenue inhabitable à la suite d'un virus ayant décimé 99% de la population. Les survivants mettent tous leurs espoirs dans un voyage à travers le temps pour découvrir les causes de la catastrophe et la prévenir. C'est James Cole, hanté depuis des années par une image incompréhensible, qui est désigné pour cette mission.
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Monnaie de singe ! Ou comment Terry Gilliam a réussi à s’octroyer le talent de Bruce Willis, Brad Pitt et Madelaine Stowe pour un prix médiocre. Voila ce que disait tout du moins la critique de 1996, peut avant la sortie du film. Et pourtant, quelques semaines plus tard, l’oeuvre inscrivait un box-office record en rapportant près de 14,2 millions de dollars dès le premier week-end de sa sortie en salle. Voici donc l’histoire d’un film qui n’a jamais trouvé de genre précis, mais qui a eu l’audace de baser sa réussite sur un scénario vieux de plus de 40 ans.
Tout le monde sait que Terry Gilliam fait partie de ses réalisateurs sans pareil qui ont cette volonté, bien plus intense que celle de raconter une histoire, celle de faire passer un message à travers leurs oeuvres. Et bien ô grande surprise, ici Gilliam n’est pas le fondateur de cette histoire !
On le connaissait déjà pour Brazil, son éternel succès de 1985, qui lui vallut sa première véritable chaise de réalisateur face à un Robert De Niro en pleine croissance. Un succès qui arriva rapidement à son terme dès 1989, à cause d’un certain Baron de Münchausen qui, faute d’une communication mal gérée, initia une période sombre de la carrière de Terry Giliam.
L’armée des 12 singes, a donc été en réalité pour lui une manière de racheter son image vis-à-vis des studios Universal Pictures, qu’il nomme la plupart du temps “Hollywood” d’un ton péjoratif et repoussant. Une personnification d’un cycle à business infernal, puisant sa force et sa stabilité sur l’adrénaline des réalisateurs, contraints de respecter des délais toujours plus improbables que barbares.
Vous l’aurez compris, ce n’est donc pas le Terry Gilliam scénariste et père fondateur des Monty Python à qui nous avons affaire ici. Mais ce n’est pas pour autant que sa touche personnelle n’y est pas de mise.
Le scénario de l’armée des 12 singes n’est autre que celui de “La jetée” (1962) et c’est là qu’intervient toute la subtilité de Gilliam. A travers ce qu’il qualifie de “rectification de petits détails”, l’oeuvre creuse alors son propre concept, car oui, chez Gilliam on parle de concepts ! La première difficulté d’un réalisateur qui n’a pas écrit son propre scénario, est de s'imprégner au maximum de l’histoire. Et bien Terry Gilliam, lui, l’enrichit à grandes enjambées en s’acharnant à vouloir reproduire son imagination et en proposant des dialogues dignes d’une épopée psychologique hors paire.
Attention, tout ceci a bien évidemment un prix. Celui de solliciter une concentration qui prend parfois un goût d’amertume. Mais la récompense est là ! Un message, recouvrant un autre, par-dessus un troisième, et ainsi de suite, votre compréhension atteint les portes du conscient et de l’inconscient, vous obligeant à faire la synthèse entre ce qui est dit et sous-entendu.
Brad Pitt, nominé aux oscars et ayant été gratifié du golden globe pour le meilleur second rôle, apparaît finalement très peu dans la totalité du film. Il n’en demeure pas moins que ses multiples apparitions ne se font certainement pas sous doses homéopathiques, mais à travers des tirades portées par une attitude de fou vivace, presque enfantin et de ce fait trompeuse de sens. Chargés en informations et sous-informations, les propos du personnage incarné par Brad Pitt, mettent en exergue notre aveuglement face à une société de consommation ayant toujours plus d’emprise sur notre esprit et dans notre façon de continuer nos vies sans même se soucier du reste. Les “illuminés” sont alors présentés comme ceux qui comprennent les choses et qui savent lire entre les lignes, mais ces derniers sont aussi les “illuminés” qualifiés de fous, qui ne correspondent pas au système et que l’on préfère laisser à l’écart. La réponse du personnage de Brad Pitt ?... Éliminer la race humaine, c’est une idée géniale !
Commence alors à se dessiner la perception d’une certaine continuité dans le concept même de l’oeuvre, tant sur un point de vue scénaristique qu’esthétique. Le logo de l’armée des 12 singes, représente selon Gilliam, une éternelle ronde ultra disciplinée dans laquelle on peut dénoter un seul élément perturbateur. Le singe qui obtient sa liberté et qui est alors considéré comme dangereux. Autrement dit, l’illuminé qui aurait tourné le dos et se serait extirpé d’une forme de vie en société.
L’idée du scénario était de traiter avant tout de paradoxe temporel tel que le présente “La jetée”. Celui d’un homme qui assiste à sa propre mort et qui pense rêver alors qu’il s’agit en réalité d’un traumat persistant depuis son enfance. Et ainsi de suite le schéma narratif s’enferme dans un cycle redondant qui ne laisse place qu’à la fatalité et à un aspect inéluctable du dénouement. Un aspect que Gilliam ne désirait pas ! Il n’a alors cessé de vouloir épaissir l’histoire jusqu’à lui ajouter un nouveau thème principal inattendu, celui de la folie.
Bruce Willis incarne un personnage finalement très mystique, dont on ne connaît que le prénom ainsi que ses capacités intellectuelles et physiques notables, qui font de lui le sujet parfait d’une expérience scientifique à rude épreuve. En réalité, il y a bien plus que cela... Gilliam s'efforce de donner du poids au personnage de Cole en travaillant conjointement avec Bruce Willis à la déstructuration d’une image trop popularisée de l’acteur à cette époque, celle de l’invincible inspecteur John Mc Lane de la franchise “Die Hard” (NB: “Une journée en enfer” est sorti un an seulement avant “L’armée des 12 singes”).
En effet, le but ici a été d’ancrer le personnage dans une logique de réalité même, en lui donnant les atouts d’un humain qui ne se sort pas indemne de toutes les situations, aussi bien physiquement que mentalement. L’idée est creusée encore et encore jusqu’à ce que l’acteur en vienne finalement à signer le premier film de sa carrière dans lequel il incarne un personnage mourrant d’une simple balle, tirée par un parfait inconnu.
A la moitié du film, Giliam a perdu confiance et en prenant conscience que malgré la présence de stars hollywoodiennes dans le casting, le film aurait bien pu perdre de son ampleur peu à peu. “Entretien avec un vampire” avec comme tête d’affiche Brad Pitt est sorti au moment où le tournage de “L’armée des 12 singes” a débuté et l’impact artistique est définitivement tout autre.
Au final, L’armée des 12 singes est une forme de réussite qu’il est très rare de pouvoir contempler encore de nos jours. Une valse de concepts qui s’entremêlent de la folie aux paradoxes temporels. Bruce Willis et Brad Pitt portent l’histoire en stimulant un aspect sentimental fascinant pour l’un et en abusant de tirades chargées de sens pour l’autre. Gilliam prouve donc qu’il mérite sa chaise de réalisateur et passe même au rang des “cinéastes hollywoodiens les plus créatifs !” selon les dires de la presse. Un film à voir et à revoir sans jamais s’arrêter sur une seule couche d’un scénario qui n’aura été qu’un concept remanié par un maître de l’oeuvre cinématographique.
Points positifs : Le jeu d’acteur est vraiment exceptionnel. On plonge dans un véritable torrent de répartie et d’impacts sentimentaux. La confusion est de plus en plus présente tout au long du film jusqu’à ce que le seuil de la simple histoire thématique transgresse les limites de l’image et du son pour venir se loger au fond de notre esprit. Si vous cherchez un film à genre mais qui ne peut être défini, voici un bel exemple de maîtrise de l’art dramatique.
Points négatifs : La mise en scène à la façon de Terry Gilliam est toujours quelque peu déroutante. Si j’avais quelque chose à noter par rapport à celle de ce film, ce serait son manque d’approche type “grand public”. Le film se vend en partie grâce à deux têtes d’affiche que les spectateurs ont l’habitude de voir davantage dans des films mis en scène de manière moins “Giliamesque” (autrement dit : moins loufoque). Encore est il, que cette argumentation s’applique seulement à un raisonnement économique et non artistique.
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